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L'agenda: pour ou contre ?

  • Photo du rédacteur: Geneviève Meunier
    Geneviève Meunier
  • 17 juil.
  • 5 min de lecture

Je sais, c’est l’été et les enseignantes, on est techniquement en vacances. Mais comme on est ici pour parler de la vraie vie, l’été est le seul moment de l’année où on peut penser à notre prochaine rentrée avec l’illusion qu’on a le temps de le faire. C’est donc un merveilleux moment pour se poser la question si on veut un agenda ou pas dans notre classe pour la prochaine rentrée.


La question de l’agenda, à savoir est-ce qu’on devrait en utiliser un, oui ou non, quitte à avoir l’air vieille, c’est assez récent. J’ai gradué en 2000 et, pendant mes premières années d’enseignement, ça allait de soi : Mireille avait un agenda de l’école dans sa liste d’effets scolaires à acheter en début d’année, peu importe dans quelle classe elle était. L’école faisait imprimer un agenda par élève, de la première à la sixième année, et c’était la fin de l’histoire.


Puis le temps a passé. En 2026, l’agenda a pratiquement disparu de toutes les listes scolaires. Comme principale raison, ce n’est pas tous les enseignants qui l’utilisaient de façon régulière. Entre Mme Violette et M. Denis, son utilisation était très inégale.


C’est donc maintenant à chaque enseignante de décider si elle souhaite utiliser un agenda ou non. Comme je suis pour la liberté pédagogique, j’ai accueilli ce changement avec bonheur. Toutes les possibilités s’offraient maintenant à nous au-delà du format standard.


Mais j’aime aussi m’appuyer sur la Science avec un grand « S » pour éclairer mes décisions. Parce que c’est bien beau, mes observations et mon opinion sur la chose, mais qu’est-ce que des gens sérieux qui ont étudié le sujet ont à en dire ?


Je n’ai pas trouvé d’articles scientifiques portant exactement sur ce sujet. Je sais, c’est décevant. Cependant, l’utilisation d’un agenda semble faire un consensus professionnel dans le domaine de l’éducation. Enseignants, orthopédagogues, on est tous d’accord pour dire que c’est un outil bénéfique. Il revient régulièrement dans différents articles, entre autres, ceux portant sur la gestion du stress et de l’angoisse scolaire, qui en vantent ses mérites.


La seule ombre au tableau, c’est pour les personnes sur le trouble du déficit d’attention. Ils disent l’agenda comme étant souvent mal adapté, voire carrément toxique et anxiogène. Surtout quand ça leur a présenté comme étant l’outil magique qui va les aider à s’organiser alors qu’en fait, la plupart des agendas ne sont pas du tout adaptés au fonctionnement de leur cerveau.


Leurs besoins demandent entre autres un agenda avec peu, voire pas de texte. Aussi, ils ont besoin des façons de se repérer en un seul coup d’œil, avec des codes de couleurs ou des icônes, par exemple.


Bref, les agendas, oui… mais pas n’importe comment.


Ça, c’est pour les données scientifiques. Mais j’ai moi-même expérimenté l’agenda dans la classe dans mes jeunes années et j’ai pu faire mes propres constats.


Il y avait tout d’abord quelques irritants à l’agenda traditionnel commandé par l’école.


  1. Les sections décidées d’avance ne correspondaient pas toujours avec la réalité de ma classe, à commencer par le fait que je préfère donner les devoirs à la semaine plutôt qu’au jour. Les divisions de l’espace s’adaptaient mal pour ça.

  2. Diane, Sylvie et Germain oubliaient régulièrement leur agenda à la maison, ce qui générait des frustrations quotidiennes à gérer des Duo-Tangs d’urgence en remplacement des agendas oubliés.

  3. Des dizaines de messages papier, annonçant vente de pizza, sortie de classe et journée pyjamas, venaient s’agrafer et s’accumuler aux pages de l’agenda, dans le meilleur des cas, ou finissaient en confettis dans le fond du sac de Fabien dans ce cas particulier (mais pas unique).

  4. Obsédée que je suis par la qualité de la calligraphie de mes élèves, l’agenda ne permettait pas de donner aux enfants des lignes avec trottoirs pour écrire les messages quotidiens. (Notez ici que j’utilise des feuilles avec trottoirs jusqu’en 6e année. Je vous l’ai dit, je suis un peu obsédée par la chose.)


Il y avait cependant de bons côtés à l’outil organisationnel, des avantages que je voulais conserver.


  1. Écrire régulièrement dans son agenda est un excellent exercice d’écriture, autant pour la calligraphie que pour l’orthographe.

  2. Cela permet aux élèves de savoir exactement ce qui s’en vient et de s’y préparer, évitant les crises existentielles à Sylvain, du genre, savoir c’est quand le prochain jour de bibliothèque.

  3. C’est un excellent outil de communication avec les parents, vérifié tous les jours autant par eux (en théorie) que par moi (en théorie), et ce, même aujourd’hui à l’ère des textos et des courriels.

  4. C’est une occasion pour les élèves d’apprendre, dès le primaire, le sens des responsabilités. Parce qu’organiser son temps, ça fait partie de la vie.


Donc, on veut garder un agenda, mais le rendre accessible et utilisable pour nos élèves neurodivergents. Naturellement, la première chose que j’ai faite, c’est de laisser tomber l’agenda traditionnel.


Enfin, pas entièrement.


J’ai plutôt remplacé l’agenda de l’année par un livret de communication hebdomadaire, qui incluait une section agenda de la semaine.


Il m’a fallu quelques années pour peaufiner mon cahier de communications et devoirs hebdomadaire, mais voici ce qu’il contenait. Je vous en fais la liste en ordre d’apparition des sections au fil du temps :

  1. une page titre avec le nom de l’élève, la semaine de publication du livret, la date de remise des devoirs, une place pour la signature des parents, un petit message pour les parents d’il y a lieu ;

  2. l’agenda de la semaine, jour par jour, à remplir par les élèves le vendredi matin pour la semaine suivante ;

  3. l’étude pour la semaine, selon le niveau scolaire (liste de mots, verbe, table de multiplication, etc.) ;

  4. Les devoirs à remettre pour le vendredi suivant.


Avec le temps, j’ai ajouté ces sections au livret :


  1. une feuille pour laisser des traces de leur étude ;

  2. une lettre mensuelle pour les parents sur les activités à venir et des messages divers (comme de leur rappeler qu’il fait froid l’hiver et qu’il faut s’habiller en conséquence) ;

  3. un bilan de la semaine pour chaque élève, avec les activités principales qui ont été réalisées et leur performance pour ces activités.

Ce livret voyage jusqu’à la maison dans une pochette facteur où Aline peut y ajouter tous les petits papiers de vente de chocolats de Pâques et d’annonce de salon du livre sans qu’ils ne terminent en accordéon au fond de son sac.


Alors, en fin de compte, je dirais que je suis finalement contre l’agenda, pas parce que ce n’est pas un bon outil, mais parce qu’il a ses limites et qu’il a besoin d’être adapté à la réalité de notre classe. En le retirant, ça m’a ouvert des portes et j’ai pu offrir à mes élèves autre chose qui colle mieux à leurs besoins.


Et vous, pour ou contre l’agenda de l’élève ?

 
 
 

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