L'aménagement de la classe : 9 façons de faciliter la gestion des comportements.
- Geneviève Meunier
- 10 juil.
- 11 min de lecture

La gestion de classe commence même avant que vos élèves ne mettent un pied dans votre local. Un bon aménagement du mobilier fera la différence entre Amélie, qui siphonnera votre patience et celle des autres élèves toute l’année parce qu’elle est allergique à sa chaise, et Amélie, qui aura les outils pour gérer son allergie par elle-même. Alors, avant même que la petite Rachel et sa réputation de Germaine ne tombent sous votre tutelle journalière, d’aménager votre classe pour répondre aux besoins de vos élèves donnera à tous de meilleures chances de survivre l’année, et qui sait, peut-être même d’y être heureux.
Numéro 1 : commencer l’année en rang d’ognons
Je sais, ça fait très 1950. Aujourd’hui, on veut que les élèves puissent s’entraider dans l’harmonie et le bonheur de la coopération. Et puis, comment pourront-ils apprendre la tolérance s’ils n’ont jamais la chance de tester leurs limites ?
Vous aurez tout le reste de l’année pour faire tout ça avec des aménagements en dyades, en triades, en « u » ou même en papillon si ça vous chante. Au jour 1 de l’année scolaire, vous ne connaissez pas encore les besoins et défis de vos élèves. Vous n’avez aucune idée que l’hypersociabilité de Simon et Daniel les empêchera de travailler aussitôt qu’ils sont à moins de 5 mètres l’un de l’autre. Ou bien que l’intolérance de Jasmine au regard de Stéphanie, apparemment mortel, l’obligera à surveiller celle-ci toute la journée pour vous rapporter toutes les fois où « Madame, Stéphanie me regarde encore ! »
Avec une disposition en rang d’ognons où tous les pupitres sont séparés et bien alignés, on diminue les conflits de proximités et on peut facilement retirer un pupitre de la formation si Gertrude est toujours tournée pour parler avec Lucette ou si Cédrik sent le besoin irrépressible de crier « arrête » à Sallie trois fois par jour parce qu’elle a l’habitude de lire en murmurant plutôt que de le faire dans sa tête.
Numéro 2 : placer des tables de travail en périphérie
Avoir entre deux et cinq tables de travail de deux ou trois places, disposées en périphérie des pupitres des élèves, servira à régler en une phrase de nombreux problèmes avant qu’ils ne dégénèrent en guerre générale.
« Madame, Thérèse n’arrête pas de me copier.
- Va t’installer à une table de travail. »
« Madame, je ne parlais même pas avec Gustave !
- Va t’installer à une table de travail. »
« Madame, Stéphanie me regarde encore ! »
- Va t’installer à une table de travail. »
Si on oblige des enfants à rester dans le même espace de vie pendant toute une journée. Il est normal qu’à un certain moment, ils ne soient plus capables de se sentir le portrait. Et comme leurs habiletés sociales sont, pour certains, au stade embryonnaire, ils n’ont pas nécessairement toujours les bons outils pour gérer de façon responsable toutes leurs frustrations. De leur permettre de se retirer de la situation irritante, c’est de leur donner la chance de gérer efficacement le désagrément.
Un autre avantage des tables de travail, c’est de vous donner un endroit où vous pouvez vous installer pour travailler avec les élèves.
Le premier avantage vient régler un des problèmes majeurs de circuler entre les pupitres: en vous plaçant au milieu de votre troupeau d’élèves, vous aurez forcément une partie de la classe dans votre dos. Pensez-vous vraiment que Viviane poursuit son travail quand vous avez le dos tourné alors qu’elle pourrait continuer de perfectionner son art du gribouillage? Il est difficile d’intervenir sur des comportements qu’on ne voit pas. De votre table de travail, vous aurez une vue d’ensemble qui vous permettra de voir tout ce qui se passe dans votre classe, et donc, d’intervenir rapidement.
Deuxième problème : quand vous circulez, vous entrainez littéralement les élèves à attendre passivement qu’on vienne les aider plutôt que de les inviter à prendre l’initiative. Au contraire, en restant assis, c’est eux qui doivent se rendre à vous, de leur propre chef, pour aller chercher l’aide dont ils ont besoin. Vous leur redonnez la responsabilité de leurs apprentissages. Et pour Joséphine, qui rêvasse devant son cahier ouvert sans jamais y poser la mine, vous serez en mesure de la repérer en un coup d’œil. Vous pourrez alors tout simplement la faire venir à votre table pour qu’elle vous montre son travail, ce qu’elle ne pourra pas faire, ce qui vous amènera à regarder avec elle ce qui la retient de travailler et trouver avec elle une solution à son problème.
Il y a un autre défi avec une enseignante errante. Si vous circulez, je vous promets que vous allez avoir une bande d’élèves mouettes qui vont vous suivre comme si vous étiez la dernière frite de la barquette.
Ce n’est pas que c’est compliqué d’attendre à sa place en levant sa main, mais quand l’enseignante est à l’autre bout de la classe et que Carmen lève sa main pour avoir de l’aide, et qu’entre le moment où elle a levé la main et que vous vous êtes rendu à son pupitre, 8 autres élèves ont eux aussi levé la main et que vous vous êtes arrêté à tous ces élèves opportunistes, en plus d’avoir pris le temps de discipliner Francine qui ne travaillait pas, de séparer Josée et Nicolas, qui parlaient plutôt que de travailler et de négocier avec Tamarah de ranger son livre parce que ce n’est pas le temps de lire et de lui réexpliquer la tâche, tout ça alors que Carmen poireaute avec sa question… Il faut avouer que du point de vue de Carmen, ce n’est pas un très bon système. Se lever pour vous rejoindre est beaucoup plus efficace pour elle.
C’est comme ça que vous vous retrouverez continuellement interrompus pendant que vous essayez d’aider un élève à sa place en plus de déranger tous les élèves qui sont autour et qui essaient de travailler. D’être stationnaire plutôt que mobile devient beaucoup plus efficace à vous rejoindre pour les élèves qui ont des questions ou qui ont besoin d’aide sans déranger ceux que vous essayez d’aider.
Numéro 3 : le coin rassemblement
Un tapis, un espace dégagé à l’arrière de la classe, une zone délimitée par du ruban gommé bleu : peu importe la forme que ce coin prendra, aménagez un endroit dans votre classe où les élèves pourront se rassembler ailleurs qu’à leur pupitre. Vous pourrez inviter vos élèves à y venir pour des conversations de groupe, pour lire des histoires ou pour chanter une chanson. Comment ce coin va-t-il vous aider à gérer votre classe ? Voici quelques exemples.
Vous sentez que plusieurs de vos élèves ont atteint la limite de leur attention pour la période. Ginette colore passionnément un avion de papier, Abigail est en mission pour trouver combien de trous elle peut faire dans son efface avec son crayon et Noémie est juste couchée sur son pupitre. C’est le temps de mettre fin à la période de travail et de se dégourdir les pattes sans avoir besoin de commencer à faire la dance des canards. Vous pouvez simplement les inviter à ranger leurs effets et à venir s’installer au tapis, pour un petit jeu de cartes-éclairs, par exemple, ou bien pour écouter une histoire.
Numéro 4 : rangement pour les élèves
Si le malheur vous a affublé de pupitres avec rangement pour vos élèves, demandez qu’on les change si possible, si non, tournez-les devant derrière pour éviter que les élèves y aient accès du confort de leur chaise. Et ne permettez pas à vos élèves d’y ranger quoi que ce soit. Ni Duo-Tang, ni coffre à crayon, ni colle, ni ciseaux. Surtout pas des ciseaux.
Entre les mains de Fernand, une paire de ciseaux se transforme en usine à confettis !
Si vos élèves utilisent cet espace de rangement, John, Émilie et Arielle vont perdre leurs feuilles dans leurs fouillis et ils passeront la moitié de leur journée en recherches archéologiques dans leur pupitre. Et Patrick, Denis et Christianne passeront leur temps à y jouer en cachette à faire des bricolages, de la lecture ou des opérations de destruction massive.
Il faut donc prévoir un endroit ailleurs dans la classe pour que les élèves rangent leurs cahiers, Duo-Tangs et autres. Une boite, un casier, une tablette : regardez ce qui est disponible dans votre école. S’il le faut, faites avec vos élèves en début d’année un bricolage avec des boites de céréales pour qu’ils aient un endroit où déposer leurs choses qui ne sera PAS dans leur pupitre.
Les élèves pourront avoir sur leur bureau, seulement et uniquement, un coffre à crayon ou une petite boite avec 2 crayons, une efface, et tout autre chose que vous utilisez plusieurs fois par jour, c’est tout. Faites le ménage régulièrement de cette petite boite de pupitre, car Valérie a un don pour y faire pousser des bouts de papier et des petits bracelets de perles.
« Mais les élèves vont passer la journée à se promener dans la classe s’ils n’ont pas leurs choses avec eux! On va se faire déranger toute la journée ! » me direz-vous.
Au contraire. Cela est une occasion organisée de se lever et de se dégourdir les jambes. Cela répond au besoin de bouger de Marius et c’est même bon pour la concentration de Jocelyne. Les élèves sont 100 % capables d’apprendre quand c’est le temps de se lever et quand ce n’est pas le temps de se lever.
Madame parle ? Je reste à ma place.
Nous sommes au milieu d’une période de travail ? Je reste à ma place.
J’ai oublié de prendre mon crayon bleu ? Je demande à Madame si je peux aller le chercher.
Numéro 5 : les bouteilles d’eau
Les bouteilles d’eau… ça fait partie des mauvaises bonnes idées qu’ont eues une poignée d’enseignantes un jour en se disant : « Si les élèves ont une bouteille d’eau avec eux dans la classe, on n’aura plus à gérer les entrées et sorties de classe pour ceux qui ont soif ! » Grâce à cet éclair de génie, aujourd’hui, on est pris avec un problème de gestion de bouteilles d’eau plutôt qu’un de gestion de fontaine.
Le problème avec les bouteilles réutilisables, c’est qu’elles ont été conçues pour tomber et se briser. Et malgré cette faille de conception, Mario utilise évidemment le coin de son pupitre pour y reposer le précieux contenant, ce qui est l’endroit idéal pour que l’inévitable chute se produise.
La solution est simple, trouvez un endroit peu passant pour que les élèves puissent y déposer leur bouteille : un comptoir, une tablette, une boite posée au sol, peu importe. Je sais, cela implique qu’Hélène n’aura pas un accès instantané à son or bleu, mais, aussi incroyable que cela puisse paraitre, elle est capable d’attendre pour étancher sa soif pour le gros 10 minutes que vous êtes en train de parler au groupe.
En plus de régler le problème des bouteilles d’eau qui tombent dans la classe, cela va réduire la quantité de liquide bu dans la journée par Étienne et donc le nombre de visites au petit coin.
Numéro 6 : le matériel extra
À moins d’enseigner en Ontario, au début de l’année, vos élèves vont arriver avec 6 tubes de colle, 4 effaces, 24 crayons à la mine et une tonne de fournitures d’extra pour se rendre jusqu’à la fin de l’année. Vous allez vouloir que les élèves aient un endroit bien identifié pour déposer tout ça : des grands sacs, des boites, une armoire. Il faut simplement s’assurer que Valérie ne pourra pas accuser Laurraine d’avoir volé son précieux crayon en contrôlant vous-même l’accès à ce matériel.
Numéro 7 : les casiers et étagères
La situation de ce côté varie grandement d’une école à l’autre. Certains élèves ont des casiers, d’autres des crochets dans la classe ou à l’extérieur de la classe. Peu importe la situation, les élèves auront besoin d’un espace pour ranger leur sac, leurs vêtements d’hiver, leurs souliers et bottes ainsi que leurs vêtements de rechange. Et n’allez pas croire que seuls les tout petits ont besoin de vêtements de rechange. Cédrick en 4e années, peut très bien revenir entièrement couvert de boue d’une récréation printanière.
Numéro 8 : votre bureau
Première question : avez-vous besoin d’un bureau ? La réponse pour moi est OUI !!!!! (J’en ai besoin pour cacher mon bordel hors de portée des élèves.)
Mais avoir un bureau n’est pas une obligation, surtout si vous avez des tables de travail où vous pouvez vous installer. Sinon, la principale question pour savoir où le placer sera où est la prise pour le projecteur. Quoique… il est tout à fait possible d’avoir une table seulement pour y brancher son ordinateur au besoin. Ou encore de ne pas utiliser le projecteur du tout.
Autrement, là où vous décidez d’installer vos quartiers est bien plus une question de préférence. J’aime bien mettre le mien à l’arrière de la classe pour la simple raison que c’est un endroit plus discret pour les élèves qui veulent venir me voir : Patrice qui a oublié de remettre ses devoirs, Josée qui se demande quand elle peut donner ses petits gâteaux à la classe, Sacha qui a trouvé un dollar par terre dans le couloir. Ce sont autant de situations qui se gèrent plus facilement à l’abri du grand nez de Livia.
Cependant, en vous plaçant en avant de la classe, vous serez visible en tout temps pour vos élèves, ce qui aura un effet dissuasif sur Xavier, qui pourrait avoir le gout de parler avec son voisin de pupitre si vous n’êtes pas directement dans son champ de vision.
Numéros 9 : d’autres coins
Le coin bibliothèque
Pensez à rendre les livres de votre classe les plus accessibles et attrayants possibles. Pas besoin de créer un aménagement très élaboré, mais des livres doivent pouvoir être mis en valeur en rotation et la totalité du contenu de la bibliothèque doit être facile à consulter. Le plus souvent Mathis aura un livre entre les mains, les meilleures seront ses habiletés en lecture à la fin de l’année.
Votre bibliothèque devrait idéalement contenir 1 000 livres ou plus. Si le compte n’y est pas, faites des appels aux dons, faites des levées de fond, courez les ventes de garage, trouvez un pourvoyeur, écrivez une lettre par jour à votre ministre de l’Éducation, demandez à vos élèves d’écrire une lettre par jour à votre ministre de l’Éducation. L’accès à des livres attrayants et de niveau n’est pas un luxe, c’est un besoin de base dans une classe.
Le coin de calme
Les élèves vont arriver d’humeur inégale le matin et elle sera changeante jusqu’à leur départ en fin d’après-midi. Adam arrivera déjà fatigué de son concours de danse de la veille, Gabrielle aura un conflit avec Raphaël à la récréation et Darren brisera sa carte de Pokémon préféré sur l’heure du diner.
Pour ces moins bonnes journées, les élèves doivent avoir accès à un endroit dans la classe pour s’isoler de leur propre chef, ou à la demande de l’enseignante. Cette mesure préventive évitera de faire gonfler les frictions du début de la journée entre Caleb et tout le reste de la classe jusqu’à l’éclatement en fin d’avant-midi.
J’ai l’habitude de construire des maisons en carton qui me durent généralement toute l’année et qui ont l’avantage de me couter le très bas prix d’une demande à la concierge pour me réserver une très grande boite en début d’année. Mais un endroit aménagé entre un coin de la classe et une bibliothèque pourrait tout aussi bien fonctionner. Il faut simplement un lieu où l’élève peut à la fois être loin des regards et tout de même visible pour l’enseignante. C’est un endroit où Albert n’a pas besoin de demander pour aller, tant qu’il utilise l’endroit correctement : pour se calmer quelques minutes.
Et si Thomas y fait un tour au moins une fois par semaine, c’est parfait. Il en a besoin et c’est sa façon de gérer par lui-même ses crises existentielles d’Arielle qui le copie en arts.
Autres coins facultatifs, mais intéressants
Un centre d’écoute, avec des livres-disques ou des livres-casette (oui, oui, ça existe encore, et c’est précieux !!!)
Un centre de matériel de manipulation pour les mathématiques.
Un coin de dessin, avec des crayons et des feuilles.
Un taille-crayon mécanique : c’est un de mes outils préférés pour les élèves « allergiques à leur chaise » et qui ont besoin de bouger. Tailler un crayon en forçant sur une manivelle pas tout à fait efficace est très efficace pour faire bouger ces élèves.
Un aquarium d’escargots : ce type d’aquarium demande très peu d’entretien - par de filtreur, par d’aérateur, pas de plantes - et permet aux élèves qui ont besoin d’une pause d’aller compter les escargots. Ils peuvent ainsi faire tout sauf leur travail, mais sans déranger l’ensemble de la classe.




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